Abou Bakr al-Baghdadi, le "jihadiste invisible" qui rêvait de restaurer le califat

Donald Trump a annoncé dimanche la mort du chef de l’organisation État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi. Très discret, ce "calife" autoproclamé avait su faire le lien entre jihadistes convaincus et anciens militaires de l'armée de Saddam Hussein.

Le chef de l’organisation État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, l'homme le plus recherché du monde, considéré comme responsable de multiples exactions et atrocités en Irak et en Syrie et d'attentats sanglants dans plusieurs pays, est mort à 48 ans, dans le nord-ouest de la Syrie, dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 octobre.

Tué dans un tunnel par les forces spéciales américaines, selon le récit livré dimanche par Donald Trump, ses dernières minutes ont été à l’image d’une vie passée terré dans l’ombre, même lorsque, autoproclamé "calife", il présidait aux destinées de sept millions de personnes en Syrie et en Irak.

Antithèse de l’ancien chef d’Al-Qaïda Oussama Ben Laden, qui diffusait régulièrement des vidéos de lui, Abou Bakr al-Baghdadi n’est, lui, apparu que dans deux vidéos : la première, en juin 2014 lors de sa seule apparition publique connue, dans la célèbre mosquée al-Nouri de Mossoul, où il avait appelé les musulmans du monde entier à lui prêter allégeance après avoir été désigné à la tête du califat proclamé par son groupe sur les territoires conquis en Irak et en Syrie ; la seconde, le 29 avril dernier, dans laquelle il appelait ses partisans, depuis un lieu inconnu, à poursuivre le combat.

Entre ces deux images, l’homme à la barbe poivre et sel teintée de henné rouge, marié deux fois et père de cinq enfants, s’était contenté d’enregistrements sonores distillés au compte-gouttes. Le dernier remontait à septembre 2018. Il y enjoignait les combattants du groupe État islamique à "sauver" les jihadistes détenus dans les prisons et leurs familles vivant dans des camps de déplacés, notamment en Syrie et en Irak.

Emprisonné par les Américains en 2004

Cette extrême discrétion lui a valu le surnom de "jihadiste invisible", de "calife invisible" ou encore de "fantôme" et a contribué à construire un mythe autour de sa personne. Car on ne sait finalement que peu de choses d’Abou Bakr al-Baghdadi. Né en 1971 à Samarra en Irak, ville sainte pour les chiites et majoritairement peuplée de sunnites, son vrai nom est Ibrahim Awad al-Badri.

Ce passionné de football rêvait d'être avocat, mais ses résultats scolaires insuffisants ne lui ont pas permis de suivre des études de droit. Il a également envisagé de s'engager dans l'armée, mais sa mauvaise vue l'en a empêché. Il a finalement étudié les sciences islamiques à l’Université islamique de Bagdad, où il a ensuite enseigné la théologie pendant plusieurs années.

Conscient de l’affaiblissement de son organisation, Abou Bakr al-Baghdadi prenait également soin d’inscrire le combat de son groupe dans un temps long, une façon de faire oublier les difficultés actuelles. "Très souvent, la propagande de Daech [nom arabe du groupe État islamique] fait référence aux batailles que le prophète [Mahomet] a perdues mais qui ne l'ont pas empêché de triompher par la suite. Quand on est dans une conception millénariste, comme c’est le cas avec Daech, on considère que l’histoire n’est jamais finie", analyse sur France 24, en septembre 2017, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la Défense et spécialiste du jihadisme.

Abou Bakr al-Baghdadi aurait par ailleurs anticipé sa chute en nommant, en août 2019, comme successeur à la tête du groupe État islamique, Abdullah Qardash, un Irakien avec lequel il avait été détenu dans la prison de Bucca.

 

Avec AFP et Reuters