Category: Interviews Baidy Aribot : « Je ne suis pas préoccupé par ce problème de poste de ministre » nov. 04 A LA UNE, Interviews no comments baidyèèèAprès la rencontre entre le Président de la République, Pr Alpha Condé et le Président de l’UFR S

Lematiguinee.com: Aicha Kokassaly Diabaté, vous êtes griotte, dites-nous d’abord d’où provient ce prénom ‘’ Kokassaly’’ ?
Aicha Kokassaly Diabaté : le prénom Kokassaly vient de mon papa, c’est son sobriquet. Son homonyme s’appelait Fassaly, qui avait aussi comme homonyme un de nos arrières grands ancêtres. Donc ce dernier avait pris le nom d’un génie qui s’appelait ‘’Fassaly’’ et ‘’Komo’’ et qui appartenait à la famille. C’est à travers ce génie que nos parents (père et ces homonymes) avaient pris le prénom, mais qui a été finalement déformé par les blancs pour dire Kokassaly, sinon, c’est ‘’Fassaly’’. Comme moi aussi j’étais aimé par mon père depuis l’enfance, c’est pourquoi j’ai copté ce prénom.
Comment Aicha Kokassaly est venu dans la musique ?
Je ne suis pas venu dans la musique, mais plutôt je suis née dans la musique. Mon grand-père, mon père étaient tous des artistes qui avaient servi la nation. Mon grand-père Alpha Diabaté résidait à Faranah, dans le ‘’Sankara’’. Mais comme les griots n’avaient pas une résidence fixe, c’est ainsi qu’ils se sont venu s’installer à Manéah, dans la préfecture de Coyah. Et c’est là-bas où est né mon Père feu Kokassaly Diabaté, ex-membre des ballets Africains de Guinée. Ma mère s’appelle Saran Diawara. A l’âge de 5 à 6 ans, lorsque mon père quittait les répétitions de la troupe ballets africains, il m’apprenait petit à petit à chanter. En ce moment, c’est le club ASK qui était au top à Kaloum. Donc, il m’apprenait à chanter les chansons qu’ils préparaient pour ce club à la maison. A travers ces chants de mon Père, j’ai finalement aimé la musique. Pour éviter de perdre mes études étant l’unique fille, mon père a préféré m’envoyer à Nzérékoré chez ma tante en 1987 pour poursuivre mes études. J’étais très attaché à mon père en ce moment. En 1996, lorsque j’avais l’âge de 16 ans, je me suis retournée à Conakry pour continuer mes études. Arrivée en 10e année en 1999, j’avais fait le brevet sans succès à cause de la musique qui m’avait dominée. Parce que j’abandonnais les cours à cause de la musique. Et je suivais mes frères dans les cérémonies de mariages et baptêmes. Ces derniers m’apprenaient aussi à faire des animations dans leur orchestre. Vu l’importance et la domination de la musique, j’ai allégé finalement les études. Après avoir su imiter mes frères et mon père, en 2003, j’ai décidé de créer mon propre orchestre ‘’Kokassaly Héritiers’’, composé de 12 membres.
Aujourd’hui Aicha Kokassaly a combien d’album sur le marché du disque guinéen ?
J’ai un seul album sur le marché guinéen. Cet album s’appelle ‘’Batèya’’. J’ai dédié cet album aux femmes. Vous savez dans mes chansons, j’aime donner des conseils aux femmes. Leur dire comment elles doivent se comporter et prendre leurs maris dans le foyer conjugal. Après cet album, j’ai eu la chance de faire des featuring avec certains artistes, tels que Maman Aicha Koné, Djani Alpha et mon mari Don Mike, avec qui d’ailleurs j’ai fait plein de featuring dans mes chansons. Parce que c’est lui mon maitre d’œuvre.
Parlez-nous des bénéfices que vous-avez tirez de la musique ?
Aujourd’hui, je peux dire Dieu merci. Parce que quand tu dis que Dieu ne t’a pas donné du bonheur, si tu regardes certaines personnes, tu les dépasses. C’est pourquoi je dis Dieu merci parce que déjà la santé est là. Aujourd’hui, je vis très bien. Dans mon parcours, J’ai eu beaucoup de biens. J’ai eu la voiture, des parcelles de terrain. Le plus important, j’ai eu des relations avec de grandes personnalités du pays. Et c’est ce qui m’a réconforté à plus d’un titre parce que je suis connue de tous.
Quels sont vos futurs projets pour la Guinée et pour tes fans ?
Mon premier album j’avais chanté la paix. Et c’est ça mon premier souci pour la Guinée. Après ça, je prépare un single pour mes fans, surtout pour les mélomanes guinéens. Vous savez ce n’est pas facile, C’est moi qui avais financé mon premier Album, et la sortie a été financé par Mme Benedi Records, Tiguida Prod. Il n’est pas facile de produire un album en Guinée, parce qu’il te faut au moins 50, 30 ou 25 millions FG. C’est pourquoi je suis en train de préparer un single d’abord qui doit sortir bientôt pour que mes fans ne soient pas coupés de mes nouvelles. Et après je prépare un album.
Comparativement aux anciens systèmes, quel regard portez-vous sur la musique guinéenne ?
Je ne suis pas tellement contente de l’état des lieux de la musique guinéenne. Parce que nous avions fait de la musique guinéenne un jouet. Les artistes guinéens ont dérouté de leur mission conformément à ce que nos ancêtres nous avaient laissé. Pourtant la Guinée regorge d’énormes potentialités culturelles. Nous devons mettre la culture guinéenne en valeur. Mais aujourd’hui on n’a tendance à oublier nos coutumes et mœurs au profit des occidentaux. Avant c’est le ballet africain, Bembeya Jazz qui étaient devant la scène en Afrique, mais actuellement tout est bloqué. C’est parce que les ainés qui sont devant nous ne veulent pas nous montrer le chemin, et les acteurs culturels ne jouent pas pleinement leur rôle. Sinon pour moi, se sont les ainés qui doivent être nos locomotives pour nous donner de bons comportements. Mais si tu caches des enfants et tu refuses de faire même un featuring avec eux, parce qu’ils ne sont pas connus, ça ne peut pas leur grandir. D’autre part aussi le public nous affaibli. Dans les boîtes de nuit, quand tu mets les musiques ivoiriennes ou des autres pays, les enfants sont contents et ils dansent très bien. Mais quand tu mets les musiques de mon pays, ils ne sont pas intéressés. C’est pourquoi la plus part des artistes guinéens sont obligés d’adopter le rythme des ivoiriens ou des autres pays. Sinon nos albums ne peuvent pas marcher. C’est pourquoi, je sollicite l’entente entre les artistes guinéens, pour que nous puissions aller de l’avant. Surtout les ainés doivent approcher les enfants pour les conseiller. Et aussi nous les enfants nous devons considérer les ainés. Avant de mettre un album sur le marché de disque, il faut appeler un ou deux de tes ainés pour écouter d’abord, savoir s’il y a des amendements ou des parties à changer, c’est très important et ça te grandit d’avantage. Je demande à tous nos grands frères de nous approcher pour développer la culture guinéenne.
Quelles sont vos difficultés dans ce métier ?
Dans la musique guinéenne, il y a plusieurs difficultés qu’on rencontre. Je ne parle pas des grands artistes tel que les Bambino, Fodé Kouyaté et autres, mais si tu restes artistes et que tu n’arrives pas à avoir des contrats de prestation ou de partenariat, vaut mieux pratiquer d’autres métiers, ou aller au village pour travailler dans les champs. Parce que tu ne pourras pas faire sortir même un album. L’autre difficulté, les artistes guinéens n’ont pas de producteurs, en un mot, en Guinée, il n’y a pas de producteurs, ni de managers. Donc il est temps que les responsables du secteur culturel se lèvent pour aider les artistes. Parce que quand il y’a des producteurs, des managers, les artistes guinéens seront dans le cadre, et ils seront bien entretenu. Comme moi, je veux que je sois encadré par des ainés, ou des hommes de culture, mais nous n’avions pas cette chance. Les artistes guinéens manquent de l’encadrement, parce qu’il n’y pas de producteurs et des managers. C’est l’artiste qui fait tout. Pour faire sortir un album, quand tu calcul toutes les dépenses ça vaut jusqu’à 60 millions FG. Et si tu n’as pas quelqu’un pour t’accompagner, tu ne t’en sortiras pas.
Que pensez-vous de la répartition des droits d’auteurs guinéens ?
Ce n’est pas facile, parce que, je commence d’abord par mon père. En principe quand un artiste meurt sa famille doit toucher son droit d’auteur. Je me souviens, mon père avant sa mort, je lui avais vu seulement une fois avec son droit d’auteur en main et avec quelle somme aussi ? Une somme de 2500 FG qu’il a eu, en tant que ballet africain reconnu sur le plan international. Cela fait peur aujourd’hui d’aller réclamer ton droit d’auteur. Tu es obligé d’aller au Bureau Guinéen des droits des Artistes (BGDA) pour réclamer ton badge pour qu’au moins tu sois reconnu comme artiste guinéen, mais aussi pour ta protection. Mais si c’est à cause de l’argent, il n’y a pas un artiste qui touche son droit d’auteur c normalement. Quand tu viens, si tu as 20 millions, ils finiront de repartir encore cette somme devant toi à travers des dépenses incalculables, et finalement ce qui va rester pour toi l’artiste, ç’est insignifiant.
Aujourd’hui quel appel avez-vous à lancer au gouvernement à travers le ministère de la culture ?
L’appel que je lance au gouvernement, à travers le ministère de la culture, je pense bien Papa Amirou Conté va m’écouter très bien, parce que c’était l’ami fidèle de mon père, c’est de faire les droits d’auteurs des artistes sa priorité. Et comme proposition, je lui demande, si un artiste sort un album, il te donne 10 ans sans touché ton droit d’auteur, mais on te donne une villa, qui est équivalant de ton droit d’auteur de ces 10 ans. Avec cette méthode même si tu n’as rien, mais tu ne vas pas mourir sans laisser quelque chose de bien pour ta famille. Tout ce que l’artiste va gagner maintenant dans sa vie, va lui permettre de nourrir sa famille et préparer l’avenir de ses enfants. Parce qu’on constate que les artistes guinéens meurent misérablement sans soutien. Donc c’est tout ce que moi je propose à Tonton Amirou Condé, et je sais qu’il va comprendre. Il y’a des artistes en Guinée après la sortie de leur album, ils n’ont aucun contrat pour les cérémonies, c’est dommage. S’il y’a des grands concerts, ils ne pensent pas à ces artistes, ils préfèrent encore prendre les grands artistes qui sont déjà connus et reléguer ces petits artistes au second plan. Aujourd’hui, je salue et remercie mes fans qui me font grandir, parce que c’est eux qui m’invitent dans leur cérémonie. Sinon moi aussi je serai à la maison sans succès. Donc le gouvernement guinéen doit revoir le cas du Bureau Guinéen des Droits d’Auteurs (BGDA) pour aider les artistes. Quand tu prends les artistes guinéens, rares sont ceux qui ont des comptes bancaires, et si tu tombes malade dans cette situation, il est difficile de te prendre en charge, il faut lancer un SOS aux personnes de bonne volonté pour venir en aide aux artistes.

B-Younoussa, pour lematinguinee.com

Tél: +224 662 19 42 26

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