La chronique de Mamadou Dian Baldé : Arrondir les angles pour sauver la face

Le directeur de publication de L’Indépendant-Le Démocrate, Mamadou Dian Baldé a consacré sa chronique de ce  dimanche, à la trêve bienvenue, à laquelle le pouvoir et l’opposition sont parvenus, à la faveur de la récente rencontre entre les deux personnalités. Le coup de sabot administré  par le  Président de l’Assemblée nationale, Claude Kory Koundiano, à l’opposition, n’échappe pas non plus à l’attention de notre éditorialiste, qui en fait mention dans ses petits papiers.

Cette chronique est servie tous les dimanches sur City fm, en avant-première de l’émission « A vous de convaincre ».
Talibé Barry: Mamadou Dian Baldé, après une longue période de crise post-électorale dans notre pays, Alpha Condé s’est finalement résolu à rencontrer son principal opposant. Et vous nous parlez d’un arrondissement des angles pour sauver la face ? 
Mamadou Dian Baldé : Après une longue crispation socio-politique, nous  voici parvenus à une trêve bienvenue. Le moment était opportun pour le pouvoir exécutif d’arrondir les angles, pour sauver la face. Le Président de la République a sans doute senti approcher le vent du boulet, pour se résoudre finalement à rencontrer son principal opposant. La démarche a été vivement saluée par l’opinion, qui a l’air d’en avoir marre de toutes ces chicaneries politiques.
Il faut noter au passage, que le tête-à-tête entre Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo a permis à la cité de renouer avec son calme habituel. Après une longue période de tumultes, marquée par des violences, qui se sont soldées par des pertes en vies humaines.
Il y avait face à une opposition qui se récriait de mécontentement, pour dit-elle, s’être fait gruger, lors du vote du 04 février, une véritable machine répressive. Ce constat alarmant émane des Ong de défense des droits humains, comme Amnesty International, qui ont interpellé le gouvernement sur le nombre de personnes tuées, qui s’élève selon elles à 15, depuis la tenue des élections locales.
Il faut noter qu’à l’issue de cette rencontre, Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo ont promis de mettre cette trêve à profit pour purger le contentieux électoral. Dans cette dynamique, le comité de suivi des accords politiques a été remis à flot, pour se pencher sur les réclamations de l’opposition. Ils se sont engagés également à œuvrer pour que lumière soit faite sur les 94 morts enregistrées en marge des manifestations de l’opposition depuis 2011.
Ce comité piloté par Bouréma Condé, ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation a du pain sur la planche. C’est le moins qu’on puisse dire, d’autant que sa mission va consister à dépoussiérer l’accord du 12 octobre 2016, dont l’essentiel des recommandations n’ont jamais été appliquées, et dans la même veine, faire face au contentieux électoral, né du scrutin du 04 février.
On s’attend donc à ce que ses membres se démènent comme de beaux diables pour accoucher d’un compromis, ce dans les meilleurs délais. C’est une nouvelle course contre la montre. En attendant, l’opposition doit ronger son frein.
Et justement, par rapport à ce compromis dont-on parle tant, qui découle de cette série d’entretien que le président a eu avec plusieurs acteurs politiques, pour vous l’opposition est plus que jamais sur le qui-vive, elle veille aux grains, pour ne pas à nouveau être roulée dans la farine. Et vous dites tout net que « l’opposition est dans la roue de l’exécutif ».
En attendant de savoir si le président Alpha Condé va sortir cette fois des effets d’annonce, l’opposition veut faire preuve de plus de circonspection. Car des engagements et des promesses non tenues, il y en a eu auparavant, de la part du gouvernement, pour ce qui est de l’application des accords politiques inter guinéens, pour la qualification du processus électoral et l’enracinement de la démocratie. Ça n’a été que de l’enfumage, rappelle-t-on dans le camp de l’opposition, qui, pour ce coup-ci, jure d’être dans la rue de l’exécutif. En vue de l’empêcher de freiner des quatre fers. Il faut reconnaître que ‘’chat échaudé craint l’eau froide’’.

Justement vous, vous ne perdez pas de vue une autre situation qui renvoit à celle des communicants des partis de la mouvance et de l’opposition. Ces communicants, vous les voyez dans une mauvaise passe. Certains d’entre eux sont devant les tribunaux. Et pour vous « la machine à propagande des partis politiques est dans la tourmente ».
C’est le début de la descente aux enfers pour la plupart de ces communicants. Vu que la société civile, notamment le Balai citoyen, a décidé de leur demander des comptes. Cette Ong qui s’est réjouie de la trêve obtenue suite à la rencontre du président avec son principal opposant, n’a pas perdu de vue l’aspect portant sur la condamnation faite par ces deux personnalités, des propos haineux à caractère ethnocentrique qui inondent la toile. L’Œuvre  de ces individus  se réclamant des deux principaux partis, et se faisant appeler, abusivement communicants.
Suite à une plainte émanant d’elle, la justice s’est  mise aux trousses de ces gens, histoire de mettre un terme aux dérives provoquées par ces fake news.
Il faut préciser que  le Balai citoyen est devenu la bête noire de ces communicants, qui étaient en première ligne de la machine à propagande du Rpg et de l’Ufdg.  Pris dans la tourmente judiciaire, nos amis communicants, qui s’étaient spécialisés dans des attaques ad personam, sont aujourd’hui rattrapés par leur turpitude.
Et de ce pas, vous nous conduisez à l’Assemblée nationale, où la session des lois 2018 s’est ouverte le 5 avril dernier. Et le fait qui a davantage marqué les esprits, c’est ce discours du Président de l’Assemblée nationale, Kory Koundiano, qui a passé un savon pas très amical à l’opposition en raison des nombreuses manifestations que celle-ci organise. Et pour vous, Kory Koundiano est « plus royaliste que le roi » dans cet exercice ? 
Le Président de l’Assemblée nationale, Claude Kory Koundiano a profité de son discours d’ouverture de la session des lois, ce 5 avril, pour passer la brosse à reluire sur le dos du chef de l’État, et charger l’opposition et le Slecg.
« Il nous a été donné de constater que chaque grève des syndicats est toujours accompagnée des troubles aux effets pervers pour la sécurité des personnes et des biens. Tout simplement parce que les mots d’ordre de grève sont toujours récupérés par des gens qui descendent dans la rue pour des objectifs différents de ceux visés par les syndicats », s’est-il lâché,  avant d’écorcher l’opposition. Qui pour lui est constituée « d’acteurs politiques dont les pratiques et les actes néfastes récurrents et délibérés pour freiner les activités et empêcher le développement et la croissance économique du pays, vont en s’amplifiant au détriment des intérêts du pays, qui ne cesse d’en souffrir », a-t-il tempêté.
Ce coup de sabot du Président de l’Assemblée nationale à l’opposition et au mouvement social, en dit long sur son « inféodation » à l’exécutif. Un constat dressé par maints observateurs, qui plaignent le fait que nos institutions républicaines soient mises sous le boisseau par l’exécutif.
Claude Kory Kondiano qui n’a nullement l’air de s’émouvoir pour toutes ces tueries enregistrées lors des manifestations, s’est contenté d’adresser une mention spéciale au président Alpha Condé pour ‘’l’immense travail qu’il abat pour promouvoir l’image du pays, afin d’attirer les investissements étrangers’’, selon lui.
Cette diatribe aiguë du président de ce parlement godillot, s’inscrit dans une logique de diabolisation de tous ceux qui n’embouchent pas la même trompette que le prince. Rachid N’diaye ne dira pas le contraire.