Quelle est la différence entre la « justice » de Monenembo et la chasse aux sorcières ? (Par Ibrahima S. Traoré)

Thierno Monenembo -encore lui !- devenu, par ces temps qui courent, l’idéologue d’une espèce de Guinéens revanchards, soutient que le « lugubre personnel qui a servi sous Alpha Condé fait partie du passé, désormais, et qu’il sera impérativement soumis au jugement du peuple avant de sombrer dans les trappes de l’Histoire ».

Le jugement du peuple ? Certainement comme celui du bon vieux temps de la « révolution multiforme » que lui, Monenembo a combattue de toutes ses forces. Pire, notre écri-vain, pour l’appeler comme Sassine l’aurait fait, reprend dans son pamphlet le passage d’un article de presse où il est mentionné que certains collaborateurs d’Alpha Condé « vont passer à l’échafaud de la junte militaire. C’est le début de la guillotine pour les anciens dignitaires du régime déchu… »

Des mots choisis par notre grand intellectuel qui sont on ne peut plus forts, tranchent surtout avec le vocabulaire usuel de la démocratie et de l’intellectuel qui prône ses vertus.

Notre Thierno ne s’est sûrement pas contenté de se raser la barbe, de jeter son boubou de faux dévot ou encore d’abandonner son chapelet et son tapis de prière. Certainement qu’il n’a pas bu que de l’eau en couchant ses mots d’une violence aussi inutile que stupéfiante.

Dans un mélange douteux de « principes » démocratiques et autocratiques, évidemment mal agencés, Monenembo, rappelle que la « Justice, le maître-mot de la situation ! Oui, mon colonel, la justice doit nous servir de boussole car la justice, c’est la panacée ! Partout où elle passe, les tensions ethniques et religieuses reculent. Ainsi que la misère économique qui va avec »!

Il y a maintenant à se demander s’il y a meilleure justice que de laisser la justice elle-même faire son boulot. Est-il juste d’inscrire dans les règles de « refondation » de l’Etat, le délit d’appartenance au régime d’Alpha Condé ? Sans enquête, sans preuve matérielle incriminante, sans avoir l’intelligence de séparer le bon grain de l’ivraie – s’il est de notoriété publique que certains barons de l’ancien régime n’ont pas seulement brillé par leur voracité face aux biens publics : ils ont tout simplement trahi les Guinéens; on ne peut cependant pas opposer ce jugement à d’autres – ? Quid des précédents régimes qui ont généré l’opposition à Alpha Condé ? Et puis c’est quoi cette manière globalisante visant à mettre tout le monde dans le même panier comme si, lui Monenembo avait subitement décidé de sélectionner ses propres pièces de mémoire ? L’ex opposition qu’il dit soutenir est, si on suit sa logique ahurissante, peut-être bourrée d’oies blanches, de fonctionnaires  exemplaires, d’anciens hauts cadres de l’administration et autres anciens premiers ministres qui n’ont absolument rien à se reprocher (qui est fou ?). Ces gens-là devraient même diriger nos prières et nous servir de boussole dans nos lieux de cultes, si on se fie à celui qui se promène avec des mots qui claquent, le prix Renaudot en bandoulière…

Bref, pour soutenir sa méthode extrajudiciaire (donc aux antipodes de la démocratie dont il veut se servir !) contre certains gros pontes du régime Condé, Monenembo l’anti Sékou-Lansana et Alpha réunis, alerte : « Ne confondons donc pas lutte contre le banditisme et chasse aux sorcières ! » Dès lors une question fondamentale se pose : quelle est la différence entre la justice qu’il prône et la chasse aux sorcières ?